Initiation 24 janvier, 2010

Elle a appris comment aller dans cet espace entre la réalité et l’imaginaire. Elle a su comment lâcher prise et se laisser aller à l’abandon de soi, au don de l’autre.
L’autre, c’est cet espace rempli d’amour, cette énergie, cette force surréaliste et puissante, qui la transporte. Elle se laisse porter, transporter alors et elle est emmenée à travers les vallées, entre les monts, au dessus des rochers, entre les nuages qui caresse son visage.
Elle est portée, dans le vent, elle est amenée près de ce feu, puissant et chaud qui est là pour l’accueillir, pour la cueillir. Elle se laisse prendre. Des hommes d’abord, la porte et la pose sur une paillasse, elle est soulevée, elle est portée, encore, au dessus du feu cette fois. Elle sent la chaleur mais ne la combat pas, elle entend les voix mais ça ne l’effraie pas. C’est un rythme, constant, rapide, de plus en plus fort, de plus en plus dense.
Le feu, la chaleur, les sons, tout se confond. Elle reçoit son initiation. Elle le comprend, elle sait ce qu’on attend d’elle, mais elle ne sait pas ce qu’on va lui faire. Elle sait qu’elle se donne, elle sait à qui elle se donne, mais elle ne sait pas pourquoi. Elle sait où elle est mais elle ne se l’explique pas. Elle sait avec qui elle est mais elle ne les connaît pas. Elle ne connaît pas ces femmes qui la prépare, ses soeurs qui l’habille d’une huile qu’elle découvre pour la première fois, comme un geste qu’elle répète pourtant souvent. Elle les laissent, ses soeurs, l’habiller de peinture, recouvrir son corps de cette matière froide, gluante, inodore. Elle offre sa tête pour préparer ses cheveux, pour se laisser tresser, habiller de plumes et de perles.
Le feu est encore plus puissant, les hommes continuent à chanter, encore plus fort, les femmes se sont éclipsées.
Elle attend, elle sait ce qu’elle attend, pleine de son ignorance, pleine de son innocence. Elle a fait ses gestes mille fois et pourtant elle sait que c’est aujourd’hui la première fois.
Il arrive, Il a changé, Il a changé pour elle. Un changement brutal, un changement puissant, un changement qui peut-être Lui a fait mal. Mais Il est là pour elle et Il ne pense pas à sa douleur, Il ne pense pas à son labeur, Il pense à elle, Il voit en elle, Il pense en elle. Il la regarde et elle ne s’est jamais sentie aussi belle, elle ne s’est jamais sentie autant désirée, elle n’a jamais autant désiré. Elle veut recevoir cette force, elle sait que c’est ce qu’elle est venu chercher. Il veut lui offrir sa puissance, Il sait que c’est ce qu’Il désire lui donner.
Elle ne le voit pas, Il ne doit peut-être pas être vu, Il s’est peut-être déjà trop montré et Il est recouvert de cette peau, de ces plumes, de ce bec qu’elle aime, qu’elle a tellement aimés.
Elle ne Le voit pas, elle Le sent. Il est en elle maintenant et Il se donne complètement, entièrement. Il donne tout ce qu’Il possède et elle abandonne tout ce qu’elle a, ce qu’elle croyait avoir. Car elle ne possède plus rien désormais et elle sait qu’elle ne possédera plus rien, jamais.
Elle veut répondre toujours à cette énergie, elle veut Le servir, elle aimerait pouvoir donner aussi, alors elle donne, elle donne sa vigilance, elle donne son labeur, elle donne sa puissance, elle donne son être et elle s’abandonne.
Ils ne sont alors plus séparés. La peau les recouvrent tous les deux et ils ne sont plus qu’un seul animal. Avec des plumes majestueuses et avec ce bec, fier et affirmé. Ils sont cet animal et ils s’assurent cette union comme une promesse d’éternité. Comme un lendemain sans aurore, comme une nuit sans tombée, comme une rosée sans brume, comme si l’éternité existait pour toujours dans cet instant seulement.
Il la caresse, comme le nuage. Elle sent cette douceur et Le regarde, Il part, ils se divisent et restent unis pourtant, à jamais, comme une promesse.
Elle sait qu’elle peut fermer ses yeux maintenant, Il ne partira pas, Il ne partira plus.












